La radiologie au début de la première Guerre Mondiale

Il faut se souvenir que la toute première radiographie date de la fin de l'année 1895, par Wilhlem Röntgen, soit moins de 20 ans avant le déclenchement de la première Guerre Mondiale. Mais l'intérêt suscité par la découverte de Röntgen a mené au développement rapide de la radiographie : des services de radiologies sont créés les années suivantes dans plusieurs pays européens, notamment sous la direction d'Antoine Béclère en France.

Malgré la présence de 175 médecins radiologistes en France, ceux-ci ne sont pas affectés à des postes spécifiques de radiologie au déclenchement de la guerre. Mais une circulaire du 26 novembre 1914 réaffectionne dans des postes de radiologie les spécialistes déjà appelés et mobilise les autres. Ce n'est cependant pas suffisant, et en 1916, un radiologiste, Jules Eugène Hirtz, est chargé par le gouvernement d'harmoniser le fonctionnement de ces postes au sein de l'armée. Avec Antoine Béclère et Marie Curie, il lance avec succès des formations accélérées pour médecins et manipulateurs : à la fin de la guerre, on comptait ainsi environ 500 médecins, et plus de 1000 manipulateurs - dont un certain nombre de manipulatrices formées au sein de l'école Édith Cavell, un institut ad hoc créé par Marie Curie fondé précisément pour former des femmes.

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Schéma d'une "petite Curie" typique. Un tube placé sous la table émettait des rayons X, ce qui permettait au médecin radiologiste d'observer le patient par dessus, à travers une lunette spéciale. (source)

L'apparition des "petites Curies"

Le matériel nécessaire à la radiologie a beaucoup évolué lors de cette période. En 1914, le verre sans plomb utilisé pour faire des radios provenait exclusivement de Thuringe, en Allemagne, ce qui n'a pas facilité l'approvisionnement... Mais des chercheurs réussirent à développer d'autres matériaux, jusqu'à remplacer ce verre sans plomb par des pellicules fines à la fin de l'année 1915.

Les postes de radiologie sont au nombre de 21 au début de la guerre. La moitié d'entre eux (dix exactement) sont fixes, installés dans les grands hôpitaux militaires. Les autres peuvent être transportés, mais cela est fait à dos de mulet... La logistique se développe néanmoins rapidement, avec cinquante-quatre postes en octobre 1915, soit un an plus tard, et deux d'entre eux sont installés dans des camions. L'équipage de ces camions est composé d'un conducteur-mécanicien, d'un médecin radiologiste et d'un manipulateur. Dans ces camions, le matériel était transporté puis pouvais être installé en moins d'une demi-heure sur site. Le plus souvent, ils accompagnaient le plus souvent des ambulances de chirurgie, mais pouvaient aussi simplement rejoindre des hôpitaux de campagne qui le nécessitaient.

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Un véhicule de radiologie installée (source)

Ces camions représentaient néanmoins une évolution par rapport aux postes fixes, car ils permettaient d'intervenir au plus proche du front. On pouvait ainsi faire un premier diagnostic des soldats blessés sans déplacement important, trouver d'éventuels projectiles logés dans le corps et ainsi préparer rapidement des chirurgies.

Le nombre de ces camions a augmenté, de deux donc en octobre 1915, jusqu'à dix-huit à la fin de la guerre. Ils prirent le nom de "Petites Curies", car Marie Curie en était la directrice technique, et en a conduit plusieurs. Fait amusant, Marie Curie n'obtint elle-même son permis de conduire qu'en 1916...

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Marie Curie au volant d'une "petite Curie" (source)

L'apport de la radiologie pendant la guerre

La radiologie a nettement progressé en terme de matériel, de logistique et de formation au cours de la première Guerre Mondiale. Cette technique a été un apport indéniable pour le soin des blessés, ce qui a convaincu les derniers réfractaires. Ce développement a été permis grâce à l'action de plusieurs acteurs, comme Marie Curie, la plus célèbre, mais aussi Antoine Béclère ou Jules Eugène Hirtz. Certains estiment qu'il y a eu jusqu'à un million de soldats français ayant subi une radiographie au cours de cette guerre. Et 60 000 soldats blessés sont retournés au combat après leurs soins...

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Une autre "petite Curie" (source)

Références

  • Un acte de congrès consacré à l'histoire de la médecine en France, avec un passage dédié
  • "La radiologie et la guerre", écrit par Marie Curie
  • Marie Curie, une femme sur le front : il s'agit d'un téléfilm très bien documenté et agréable à regarder sur le rôle de Marie Curie pendant la Première Guerre mondiale, et notamment son rôle dans le développement des Petites Curies. Les réalisateurs ont pensé à de nombreux détails parfois peu connus de la vie de Marie Curie, comme par exemple son intérêt pour le jardinage des rosiers !